Malgré l’intérêt de l’Europe, la Guinée envoie l’essentiel de sa bauxite vers la Chine
La bauxite est un minerai indispensable à la fabrication de l’aluminium, un métal devenu central pour l’automobile, la construction, l’aéronautique ou encore la transition énergétique. Premier exportateur mondial de ce minerai stratégique, la Guinée occupe une place clé dans la chaîne d’approvisionnement mondiale
En 2025, la Guinée a exporté un volume record de bauxite, en hausse de 25%, et la quasi-totalité de cette production alimente désormais l’industrie chinoise de l’aluminium. C’est ce que montrent des données du ministère guinéen des Mines, relayées cette semaine par l’agence Reuters.
Selon ces données, les exportations de bauxite de la Guinée ont atteint 182,8 millions de tonnes en 2025, contre environ 145 millions de tonnes un an plus tôt. 74 % des volumes exportés ont été destinés, apprend-on, à la Chine, ce qui confirme le rôle important de Conakry dans l’alimentation des raffineries chinoises.
Premier exportateur mondial devant l’Australie
Reconnue à l’échelle mondiale pour ses grandes réserves de bauxite, la Guinée a dépassé l’Australie en 2023 pour devenir le premier exportateur mondial de la matière première. Depuis plusieurs années, le pays enregistre une croissance à deux chiffres de sa production, portée par l’entrée en production de nouvelles mines et par l’extension d’infrastructures logistiques
Au total, en 2025, 23 entreprises minières ont exporté de la bauxite depuis la Guinée. Le groupe chinois Chalco arrive en tête avec 22,1 millions de tonnes, suivi par la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), détenue majoritairement par un consortium incluant le groupe minier anglo-australien Rio Tinto et l’américain Alcoa, avec 17,4 millions de tonnes. La Société minière de Boké (SMB) et la coentreprise AGB2A/SDM (à capitaux majoritairement guinéens), ont chacune expédié 17 millions de tonnes.
Déséquilibrée au détriment de l’Europe
Cette structuration des flux n’est pas nouvelle. Selon un rapport de la Banque africaine de développement, la Guinée exportait déjà en 2022 environ 82,3% de bauxite, d’une valeur de 4,5 milliards de dollars, à destination du marché chinois. À titre de comparaison, l’Europe n’en absorbait que 9%, pour une valeur d’environ 500 millions de dollars, tandis que l’Inde en recevait 4,2%.
Ce contraste est d’autant plus visible lorsqu’on le compare à d’autres pays producteurs. La Sierra Leone, également exportatrice de bauxite, oriente par exemple plus de 60 % de ses volumes vers l’Europe, contre un peu plus de 20 % vers la Chine.
La faible part de la bauxite guinéenne absorbée par l’Europe ne traduit pas nécessairement un manque d’intérêt pour le minerai lui-même. Elle reflète avant tout la manière dont les chaînes d’approvisionnement se sont structurées au fil du temps.
En Guinée, une part importante de la production est aujourd’hui contrôlée ou opérée par des groupes disposant de débouchés industriels déjà identifiés, en premier lieu en Chine. La présence d’entreprises chinoises parmi les principaux acteurs du secteur facilite l’orientation des flux vers leurs propres raffineries d’alumine, intégrées à des chaînes industrielles conçues pour absorber de très grands volumes.
Par ailleurs, la transformation de la bauxite en alumine, puis en aluminium primaire, est une activité fortement consommatrice d’énergie. Les capacités européennes de raffinage et de production ont progressivement reculé, tandis que celles de la Chine se sont développées à grande échelle, rendant plus naturelle l’orientation des flux de minerai vers l’Asie.
$Cette répartition des flux intervient toutefois à un moment où l’aluminium occupe une place croissante dans les réflexions européennes. Utilisé dans les transports, les infrastructures, les réseaux électriques ou les technologies liées à la transition énergétique, le métal est désormais considéré comme une matière première stratégique pour le continent.
Selon des données de marché provenant de sources concordantes, l’Union européenne était le deuxième importateur mondial de bauxite en 2024, avec des volumes en hausse de 36,1% à 10,4 millions de tonnes en glissement annuel. En 2023, ces volumes s’élevaient à 7,7 millions de tonnes, contre 12,2 millions un an plus tôt.
Si cette dynamique se poursuit, la place qu’y occupera la Guinée sera suivie de près, surtout dans l’hypothèse où l’Europe chercherait à diversifier ou renforcer ses sources d’approvisionnement. Un élément central restera toutefois la manière dont le Vieux Continent va gérer l’empreinte carbone de sa filière aluminium. La production d’aluminium primaire demeure en effet fortement émettrice, un facteur qui a contribué, au fil des dernières années, à redessiner la place de l’Europe dans la chaîne de valeur mondiale de l’aluminium.
#CZAMAonBinanceSquare #USPPIJump #WhoIsNextFedChair